Hommage à Simone POUILLY, Conseillère Principale d’Education de l’EREA Toulouse- Lautrec

Hommage lu par Philippe ce matin lors des obsèques de Simone Pouilly en l’église Saint Jean-Baptiste de la Salle. Partagé en accord avec la famille de Madame Simone POUILLY.

 

Paris, le 3 mars 2021

Madame Pouilly, Chère Madame Pouilly,

 

Je vous aime.

Nous vous aimons.

 

J’ai eu le bonheur de vous rencontrer.

Et de garder avec vous un contact très proche et très régulier.

Jusqu’à ces dernières semaines, ces derniers mois et depuis trente ans sans discontinuité, nous avons échangé.

Notamment lors de vacances en Bretagne, région pour laquelle vous et moi avions beaucoup d’affection et de liens familiaux.

Comme de nombreuses anciennes et nombreux anciens de l’EREA Toulouse- Lautrec, je n’ai jamais oublié l’extraordinaire Conseillère Principale d’Education, qui veillait sur nous au niveau du collège et du Lycée.

A titre personnel, c’est aussi comme responsable de l’internat que je me souviens de vous.

Tous ces moments passés avec vous, à la fin des repas, le soir au self, à l’internat. Nos parcours ont pour beaucoup été parsemés d’embûches.

Nous vivions en sursis de parcours scolaire.

On ne dira jamais assez combien est épuisante pour une adolescente ou un adolescent en situation de handicap la difficulté d’être soi et de croire en soi, malgré l’opinion souvent dévalorisante des autres.

Votre attention a été pour chacune et chacun d’entre nous un sésame de reconnaissance, auprès de toutes et tous, surveillants, éducateurs, enseignants, soignants, et tant d’autres.

J’aime ce mot de reconnaissance, car il contient le mot naissance et le mot connaissance, et implique de se confronter au regard des autres.

Il nous fallait renaître pour apprendre et commencer à exister.

Vous avez compris, mieux que quiconque, la profondeur de ce que nous vivions à ce moment-là de notre parcours de vie.

Madame Pouilly, Madame Reconnaissance, vous avez notre reconnaissance éternelle.

Mais cette reconnaissance s’est exprimée avec une énergie hors du commun.

Nous avons tous été associés à des exploits exceptionnels, que vous aviez le génie d’initier souvent, de soutenir toujours.

Je dois citer évidemment l’activité de théâtre, la venue du champion mondial d’échecs Kasparov, ainsi que des voyages tous exceptionnels tant en destinations qu’en émotions vécues sur le moment et en chaleureux souvenirs depuis.

Je me souviens avec émotion de notre première rencontre.

Lorsque j’étais encore en primaire, vous étiez venue me rendre visite, ainsi qu’aux éducateurs qui s’occupaient de moi afin de savoir comment m’accueillir au mieux au collège et à l’internat notamment.

Votre venue a été bénéfique. Je me suis tout de suite senti accueilli. Votre stature protectrice m’a rassuré.

Durant tout mon séjour comme interne, c’est le souvenir de ce côté protecteur, sans être enfermant, qui m’a bercé et conforté.

Je me sens ému de tant de souvenirs avec vous.

Par exemple, certaines semaines où je ne pouvais pas rentrer chez moi le mercredi soir, après un non parfois catégorique, vous remaniez discrètement les plannings des surveillants et des éducateurs pour enlever mon inquiétude. Je garde aussi en tête votre venue lors de la présentation officielle de mon livre, Rage d’exister.

Je regrette tant l’ambiance que vous avez insufflée à Toulouse-Lautrec.

Vous étiez pour moi un repère si fidèle, suscitant un cadre si précieux.

J’essaie toujours d’insuffler le même mode de fonctionnement que vous mettiez en place avec les éducateurs de Toulouse-Lautrec, lorsque je pars en séjour de vacances avec des jeunes bénévoles. Parce que ce fonctionnement me rassure vraiment. Il y a quelque chose de familier.

Vous vouliez nous faire plaisir afin que nous nous épanouissions.

En cinquième année, ma classe de 9 élèves en situation de handicap a pu ainsi organiser un magnifique voyage d’études en Californie. Je suis devenu un grand voyageur depuis.

Au-delà des magnifiques sensations et expériences que vous nous avez permis de vivre intensément, avec nos éducateurs, enseignants, camarades valides, je voudrais saluer un trait de caractère qui m’a personnellement marqué à vie, votre audace !

On ne met peut-être pas assez en avant cette qualité humaine essentielle, l’audace.

 

Oser l’impossible !

Sans audace, il n’y a pas de vie.

 

Ceci était particulièrement important pour nous, adolescents en situation de handicap, enfermés, murés dans nos limites apparentes.

Votre résistance, votre courage légendaire face à l’orthodoxie institutionnelle, nous ont sauvés en nous transmettant votre audace.

Personnellement, j’en ai fait le sel de ma vie.

Je peux affirmer fièrement aujourd’hui que je fais partie de la génération Simone Pouilly.

Madame Pouilly, Madame Audace, vous avez notre admiration éternelle.

 

Pour tout cela, je vous aime.

Nous, vos anciennes et anciens de Toulouse-Lautrec, nous vous aimons toutes et tous.

 

Respectueusement et fidèlement,

Madame Pouilly, Vous êtes une très Grande Dame.

Philippe Aubert

3 réflexions sur “Hommage à Simone POUILLY, Conseillère Principale d’Education de l’EREA Toulouse- Lautrec”

  1. Merci, Philippe, pour ce témoignage magnifique. On imagine très bien à vous lire le rôle majeur qu’elle a joué dans votre vie et celle d’autres élèves en situation de handicap. J’ai retenu une formulation, qui situe un caractère rare mais précieux : être protecteur sans être enfermant.
    Amitiés

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